English/French

Jean-François, si tu m’entends… - Par Rushan Xhaferi

 Rushan Xhaferi - Laval, Québec

Je te dis « tu », car je m’adresse au prof. Je m’adresse au collègue que je n’ai pas eu, mais que j’aurais pu avoir. Je m’adresse à l’enfant en toi qui rêvait un jour de devenir important. Te voilà en haut de la pyramide scolaire : le ministre. Qu’as-tu fait?

Je ne sais pas à quoi tu rêves la nuit et si ces nuits sont longues et tortueuses, mais j’imagine qu’elles ne sont pas chaque fois tranquilles. J’imagine l’angoisse de ne pas réussir à faire mieux, à faire plus, à faire ce qu’il faut, à faire ce dont il est attendu. Qui le peut?

Depuis quelques mois, j’ai un chien : Hoshi. C’est tout un travail. Tout un boulot de l’éduquer, de lui faire apprendre de ne pas faire pipi sur le tapis cher que ma femme a choisi exprès pour impressionner les invités. Mais la petite bête, je parle toujours du chien qu’il n’y ait pas de confusion, ne fait qu’à sa petite tête magnifique en me regardant avec ses yeux doux à côté de la flaque de liquide jaune.

Difficile à éduquer un chien. Imagine-toi les jeunes enfants complexes, différents et pourtant merveilleux la plupart du temps. Albert Dupontel a dit une fois, en parlant des enfants : « L’enfant est un génie. Il sait parler tout seul, il sait marcher tout seul et puis on le met à l’école et il devient un « crétin » quelque part. »

Je confirme. Je constate avec impuissance. Cette impuissance qui n’a pas de solution magique ou des formules à l’allure miraculeuse qui nous tomberaient du ciel sous la forme des réformes multiples sans que cela change quoi que ce soit. La volonté est là, mais pas les résultats. Le désir semble présent, l’est-il vraiment? L’est-il toujours?

Des ministres, nouveaux au poste, qui débarquent en promettant monts et merveilles, ce n’est rien de nouveau. Ceux qui partent ayant « réussi », non pas en cochant des cases qui ne veulent absolument rien dire, mais vraiment réussi le mandat, je n’en vois pas tellement si ce n’est aucun.

On le sait, la Covid a rendu les choses complexes. Soit! Or, si ce n’était pas le virus, ce serait autre chose. Dans ce cas, qu’auriez-vous dit? Le bon capitaine se démarque pendant une tempête. Suivre le ministre français de l’Éducation nationale, pas tellement apprécié dans son propre pays, n’est pas fort, fort. Changer le cours d’ÉCR pour un autre acronyme n’est pas de la vision. Vision! Un mot tellement galvaudé qui ne veut plus rien dire si le contenu ne suit pas. Une maternelle 4 ans pour tous ne veut rien dire si ces jeunes vont échouer au secondaire massivement.

Je ne me permettrais pas de faire le gérant d’estrade inutilement. J’ai l’impression que vous êtes dans une situation plus ou moins comme la suivante. En jouant au soccer avec des collègues, dans ma tête, je suis le grand Diego Maradona. Or, une fois sur le terrain, mon corps ne suit plus dû à mon âge avancé et le résultat est somme toute banal, ordinaire. Je n’échoue pas, mais je ne performe pas de façon à me présenter comme ministre de l’Éducation en 2022. Dans un manuscrit non publié, j’ai prévu que vous seriez ministre de l’Éducation. Je prévois que l’année prochaine, vous serez ministre de la Famille, au mieux.

Vous avez un an pour faire quelque chose. Le pouvez-vous? Je vous le souhaite, sincèrement.

Un prof comme les autres.

©Rushan Xhaferi