Virus, capitalisme et obéissance civile - Par Rushan Xhaferi
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En octobre 2018, les Québécois ont confié tous les pouvoirs à la CAQ en faisant de François Legault le premier homme de la province. Du pays si on veut. Bref, l’homme fort du Québec se trouva après une campagne remplie magnifiquement de promesses à la tête d’un pays de 8 millions d’habitants et d’un PIB de près de 400 milliards par année. Le gouvernement précédent, Couillard et Cie, a saigné à blanc la classe moyenne durant 4 ans pour gonfler les coffres de l’État. Et pourquoi au fond ? Pour rien, ou presque. Bombardier a été renfloué afin de refiler notre argent à Airbus. François Legault fera de même en 2022. Encore une fois, les milliardaires nous font les poches avec l’aide des premiers ministres, peu importe la couleur du parti. Le pouvoir sert les riches et dénigre les pauvres.
La nature du pouvoir ne change pas. C’est son degré de coercition qui s’adapte face à l’obéissance ou à la rébellion. Si vous êtes docilement munis d’un passeport sanitaire, vous faites partie des « bons ». Dans le cas contraire, vous êtes des criminels dangereux qui mettez la vie des autres en danger. Diviser pour régner, rien ne change avez les siècles. Legault est incapable de rassembler, voire ne cherche pas de construire le consentement, ainsi il se sent obligé légalement de sévir. Cette légitimité est le fait de sondages, qui en soi ne démontrent rien de concret, mais fournissent au pouvoir le moyen de se laver les mains de la liberté de la population en lui procurant toute la blancheur de la transparence.
Or, ce que nous avons de plus précieux c’est le rapport à l’autre. Quand un homme reçoit un ballon dans les bijoux de famille, un autre homme ressent cette douleur. Instinctivement, le corps se penche dans un mouvement involontaire. Toute femme qui a accouché sait par quelles étapes difficiles passera une autre femme enceinte. Cette empathie va au-delà de la sympathie. Elle représente ce rapport vital qui est construit à l’intérieur de chacun de nous en lien avec autrui. « Aucun homme n’est une ile » de John Donne reflète cette similarité dans la singularité de chacun qui nous revient de loin. Qui nous revient de Big Bang où nous étions UN pour se séparer dans des êtres si différents et pourtant si semblables.
Les pouvoirs vont essayer de casser cette dynamique qui est l’essence de l’être humain. C’est sortir la vie de nous. C’est nous désabonner de la vie pour nous rendre bêtes, méchants et indifférents. C’est effacer notre mémoire collective et les innombrables combats pour la liberté qui n’est pas un concept en vain, mais bien au contraire la possibilité de dire oui mais aussi non à un vaccin, même si celui peut nous sauver la vie. Ce choix demeure crucial, car sans ce choix, cette vie n’est pas une vie libre. Tout ancien esclave vous le dirait que la mort dans la liberté totale vaut largement et sans discussion plus que la vie sous le joug du maitre. Legault est incapable de dire combien de vies ont été sauvées, et pourtant nous savons combien de vies ont été pourries.
Le paternalisme des pouvoirs qui veulent protéger les gens malgré eux cache d’autres motivations. Ce même État fut incapable de protéger les plus faibles de notre société en temps de « paix ». Maintenant que nous sommes en « guerre » contre le virus, nous devons avaler ce discours de propagande à deux sous. Et puisque l’État ne peut pas protéger les vieux, le pouvoir emprisonne tout le monde. C’est doublement criminel! Durant ces moments sombres, la lâcheté générale s’installe. Dénoncer un voisin qui reçoit sa fille; appeler les policiers, car un autre voisin invite des amis, etc., c’est le signe de la division qui a réussi. La peur est la pire des conseillères et la bêtise humaine prend le dessus sur des valeurs fondamentales. Ces valeurs sont vitales quand tout va mal, car en pleine paix et prospérité, les valeurs ne sont pas mises à défi. Dans des moments difficiles, on peut distinguer qui dit vrai et qui dit faux; le valeureux du lâche.
La liberté n’est pas négociable. Elle ne se donne pas. Elle ne sait fait pas cadeau, quand le premier ministre Legault déclare qu’il amoindrit les mesures sanitaires pour « donner plus de liberté » aux Québécois, c’est se foutre de la gueule des gens. La liberté n’est pas un casse-tête composé de pièces qui s’imbriquent une à la fois pour former une liberté complète. La liberté l’est ou ne l’est pas ! Elle est une et indivisible. Telle une femme qui ne peut pas être un peu enceinte, beaucoup ou énormément, la liberté ne se prend pas un peu, comme fait Legault et se donne par petit bout.
Ne craignons pas les mots : nous sommes en ce moment prisonniers du bon vouloir de notre père Legault qui certes nous voudrait du bien, mais nous savons qu’aimer mal est souvent le signe de tout bon père de famille. Je te frappe pour que tu deviennes plus fort ! Je te punis pour ton bien ! Je t’oblige à te faire vacciner pour te sauver du virus ! Ces discours paternalistes puent le mépris des gens. Nous sommes face à la stratégie du gouvernement de rentrer profondément dans l’intimité sanitaire de l’autre. Légitimer toute intrusion avec l’excuse de protéger, soi-même, les autres et la communauté, c’est protéger le pouvoir politique avant tout; c’est renforcer les compagnies pharmaceutiques avec des milliards à en plus finir; c’est fragiliser toute possibilité de contrôler ces géants effrayants qui se replacent pour de bons, encore pour 1000 ans.
Cependant, tout système assez puissant qu’il peut paraitre rencontrera sa fin, tôt ou tard. Tard, car les chiens de garde qui lui fournissent sa légitimité (firmes de sondages, journalistes partiaux, analystes avec d’énormes conflits d’intérêts, milliardaires propriétaires de médias, les GAFAM, etc.) se battent bec et ongles pour protéger leurs assises dans ce règne de voleurs et de pilleurs de biens publics et de richesses nationales. Tôt, parce que les pires systèmes sont tombés un jour ou l’autre. Nous avons fait le bilan du fascisme, du nazisme et du communisme. Des catastrophes qui ont fait des centaines de millions de morts. Or, nous avons toujours du mal à faire le bilan du capitalisme.
Le passé du capitalisme c’est son passif. Des centaines de millions de morts et on avance aveuglément dans la même direction. Nous devons faire un saut qualitatif dans la compréhension du monde et du capitalisme qui nous domine et en venir à bout pour s’émanciper de ce mal profond qui nous range tel un cancer. Nous ne pouvons pas améliorer un cancer. Il faut le couper, l’éradiquer, le tuer. Le capitalisme comme horizon indépassable n’est plus à jour. Cette idée n’est plus viable. La fin du capitalisme sera pour bientôt dans l’histoire humaine, elle prendra encore 30 à 50 ans, mais elle se réalisera avec la naissance d’un autre système. Toujours aussi imparfait, ce nouveau système sera une autre étape pour nous. Et s’il échoue, on recommencera tout comme les ongles qu’on coupe chaque fois qu’ils repoussent.
En somme, pour venir à Legault et tout le reste, se conforter dans son salon de faire partie de la grande majorité est très dangereux, car rien de bon n’est venu de la majorité. Accepter cette situation sans dire que nous ne sommes pas d’accord, c’est donner raison à un gouvernement sans aucune vision sur le long terme. Le gouvernement Legault détient tous les pouvoirs et tout l’argent du monde et il s’avère toujours incapable de nous montrer une voie de sortie.
L’obéissance civile et silencieuse dans la commodité de son quotidien sans penser à l’autre nuit à tout le monde. La majorité silencieuse ne fait que légitimer le pouvoir et marginaliser une partie des gens. Ce choix, c’est le pari de la lâcheté. Ce sont les luttes des minorités qui nous ont donné la Révolution française avec les Droits de l’Homme; les congés payés, les avantages sociaux, les augmentations des salaires; et même la liberté. Le jour où vous vous trouvez dans le camp de la majorité, réfléchissez ! Il est temps de se questioner ! Fermez les yeux n’arrête pas le camion qui fonce vers nous !
©Rushan Xhaferi












